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Union européenne

Le « noyau dur » de l’Union européenne

« Si ses limites n’épousent pas exactement celles de l’Europe des Six, on n’en est pas loin puisque l’ancienne Gaule, l’ancêtre de la France, en est une pièce maîtresse. Les apôtres de l’Europe unie ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. N’ont-ils pas choisi la figure de Charlemagne pour le prix qui récompense une personnalité connue pour ses services éminents à la cause européenne ? »
Jean-Paul BLED, université Paris IV Sorbonne

Carte politique de l’Empire de Charlemagne en 814 et l’Europe des Six en 1951
Laurent Warlouzet, université du Littoral-Côte d’Opale (ULCO-HILI)
Université de Laval – département de géographie – 2018

Le hasard seul ne peut expliquer les grandes réussites politiques. Ainsi pour le mouvement qui commence avec le traité instituant la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) signé le 18 avril 1951 à Paris : six pays (France, République fédérale d’Allemagne, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Italie) favorisent leurs échanges de matières premières nécessaires à la sidérurgie pour doter l’Europe d’une capacité de production autonome. Dans un contexte de « guerre froide » exacerbée, contre l’URSS et les pays socialistes d’Europe orientale, l’autonomie doit cependant s’entendre par rapport aux États-Unis. La déclaration de Maurice Schuman, ministre français des Affaires étrangères, du 9 mai 1950, devient la politique du gouvernement français. La France est alors le premier gouvernement à accepter de partager et d’approfondir la souveraineté d’une communauté supranationale. Le 9 mai, sans étonnement, est devenu la « Journée de l’Europe ».

Il est notable que ce traité ne recouvre pas les mêmes signataires que le traité de Bruxelles. Signé le 17 mars 1948, entre la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, il donnait naissance à une Organisation de défense de Union occidentale (Western Union Defence Organization – WUDO), précurseur de la Western European Union (WEU) et de l’OTAN. C’est un traité à dominante militaire. Ses liens sont assez évidents avec le plan Marshall mis en place par les États-Unis en 1947 : octroi de milliards de dollars US en dons et prêts pour la « reconstruction » de l’Europe. Nous y reviendrons longuement ailleurs.

Le 25 mars 1957, les mêmes six membres de la CECA signent le traité de Rome créant la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA dite Euratom). Le premier doit durer à perpétuité, contrairement au traité de Paris qui devait expirer et a expiré réellement après cinquante ans en 2002.

Nous citons en exergue un article du professeur Jean-Paul BLED et donnons la carte établie à la demande du professeur Laurent Warlouzet. La correspondance territoriale est notable. L’Europe des Six ne dépasse les limites de l’empire de Charlemagne qu’en Italie du Sud, Corse et Sardaigne. Une énorme différence tient aussi de 1957 à 1962 à la présence de l’Algérie, jusqu’à son indépendance, dans l’Europe des Six. Dans l’autre sens, l’empire de Charlemagne ne s’écarte que peu des limites méridionale et orientale. La différence la plus notable tient à la Suisse qui n’appartient pas à l’Europe des Six.

Nous n’avons pas de système magique pour expliquer une telle correspondance. L’empire de Charlemagne peut s’interpréter comme la réorganisation et la consolidation d’une partie centrale de l’empire romain d’Occident, alors que l’empire d’Orient (Constantinople) le bloque à l’est et que l’empire islamique (Bagdad) le contient au sud et à l’ouest. A Rome en l’an 800, Charlemagne et ses proches parlent de « renaissance et déplacement de l’empire » romain (renovatio et translatio Imperii). Cette formulation se retrouve à plusieurs reprises dans la politique européenne jusqu’à Napoléon Bonaparte. De l’époque carolingienne à nos jours, noter l’axialité des capitales impériales antiques (Rome, Ravenne, Milan et Trèves) et médiévales (Rome et Aix-la-Chapelle).

Les cinq capitales sous les petits-fils de Charlemagne

Pour les observateurs de la « construction européenne », il ne fait pas de doute que la solidité du bloc central que constitue l’Europe des Six est la matrice résistante de la naissance de l’Union européenne.

C’est pourquoi le parti communiste d’Europe se refuse à considérer cette union comme une formation « monstrueuse ». Après des siècles de guerres et de divisions, les élites impérialistes de ces territoires – sous la direction franco-germanique – ont appris. Ils ont appris que la puissance tient aussi à la population et à la taille d’un territoire.

On ne sait quel est le scénario privilégié des dirigeants de l’UE, mais il est évident que les 450 millions d’habitants groupés autour des 250 millions d’habitants de l’Europe des Six semble d’une taille peut-être suffisante pour affronter la comparaison (et l’affrontement éventuel) avec les États-Unis, la Russie, l’Afrique ou encore la Chine…

Pour nous, communistes, il est évident que la nature du capitalisme n’a pas changé. Le capitalisme, c’est la guerre. La construction européenne est un détour extrêmement intelligent des impérialistes les plus aguerris de la planète. Mais ce n’est pas en « exigeant » que l’impérialisme casse son beau joujou que nous gagnerons des batailles. C’est en expliquant encore et encore l’intérêt de tous les peuples d’Europe pour une paix fondée sur la victoire des forces révolutionnaires.

Je me sens plus proche d’un prolétaire italien que d’un capitaliste français.

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