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Communisme

Dictature du prolétariat

Le prolétariat est la classe sociale opposée à la classe capitaliste. Elle est formée par les prolétaires ou travailleurs. Les prolétaires ne possèdent ni capital ni moyens de production. Ils doivent, pour subvenir à leurs besoins, avoir recours au travail salarié. Le prolétariat ne se réduit donc pas au stéréotype de l’ouvrier en blouse bleue ni du travailleur souillé des mines, mais recouvre l’ensemble de ceux qui doivent vendre leur force de travail, quel que soit leur niveau de vie et de salaire.

Le prolétariat comprend en France trois groupes qui ne sont pas indépendants les uns des autres :

  1. Les gros bataillons de la fonction sociale, du secteur tertiaire, les « habits bleus » du secteur secondaire et les « gueules noires » et les paysans du secteur primaire.
  2. Le second groupe correspond à la masse numériquement importante des travailleurs d’origine étrangère, les « immigrés ». Ils peuvent bien évidemment appartenir à l’un ou l’autre des trois secteurs. Mais ils sont le plus souvent exclus de l’économie (PIB).
  3. Le troisième groupe comprend la masse de la jeunesse déclassée de nos villes, ce qu’on appelle les « banlieues ». Les éléments qui en proviennent – on le comprend – peuvent ou non   appartenir également à l’un des groupes précédents.

Il est plus facile pour nous de ne choisir les exemples qu’en France. Mais il est évident que la démonstration est la même, au moins pour les six pays de l’« Europe impériale », celle de 1957.

Pour nous, communistes, il est évident que la prise du pouvoir ne peut se comprendre que dans l’unité de l’ensemble du prolétariat, c’est-à-dire l’unité de pensée et d’action des trois parties constitutives du prolétariat. Laisser l’une ou l’autre de ces parties en arrière revient à se priver de la victoire. La dictature du prolétariat en France et en Europe, c’est la destruction (zerbrechen) du pouvoir impérialiste en place, c’est la prise en main du pouvoir par les masses organisées de la fonction sociale, des travailleurs immigrés et de la jeunesse déclassée de nos cités.

I. La fonction sociale

Un romantisme ouvriériste (qui doit tout à l’anarchosyndicalisme) voudrait que seuls appartiennent au prolétariat les ouvriers d’industrie, comme les métallos ou les sidérurgistes. Ou encore les mineurs. Depuis le XIXe siècle, en Europe, leur nombre a considérablement diminué, et en proportion et en quantité. Il semble que la plus grande partie de ces ouvriers soit concentré en Chine populaire, devenue « l’usine du monde ».

Parallèlement à la diminution du nombre de travailleurs en usine, des groupes extrêmement nombreux de travailleurs se sont constitués dans le secteur social : ce sont des millions de travailleurs dans la fonction éducative (enseignants, bibliothécaires, éducateurs, entraîneurs, animateurs…). Lorsque les travailleurs de ce secteur admettront qu’il leur revient en propre de déterminer l’avenir technique et intellectuel de la France et de l’Europe, ce sera la fin de la prime à la médiocrité, au suivisme et à l’arrivisme.

Le secteur hospitalier et médical est lui-aussi composé de millions de travailleurs. Tous les jours ils nous apprennent que ce sont eux qui savent ce qu’il convient de faire pour améliorer ou sauvegarder la santé des citoyens. Nous pressentons l’arrivée du jour où ces travailleurs refuseront de transiger avec les nécessités pour des raisons budgétaires et proposeront d’engager les transformations nécessaires.

Le secteur de la communication (téléphonie, Internet…) est un secteur de haute technologie. Son apport au prolétariat est essentiel. Impossible d’imaginer un monde privé de ses moyens de communication les plus modernes et surtout un pouvoir ouvrier privé de la recherche permanente de leur amélioration.

Pour ne pas faire trop long, le dernier groupe que nous signalerons est le groupe très important numériquement de la bureaucratie actuelle, les employés des différentes collectivités territoriales (communes, départements, régions, État). Pas question de reprendre la bureaucratie telle quelle, de faire « tourner » l’ancienne machine d’État sans rien changer. Mais il est clair que ce sont les employés de bureau actuels qui savent comment on applique les programmes, comment on établit la comptabilité, comment on rédige les délibérations… Donc, en changeant tous les buts et tous les programmes, ce sera à eux de mettre en forme la nouvelle politique.

II. La classe ouvrière immigrée

Tous les pays d’Europe sont peuplés d’un grand nombre de nationalités. Mais ces origines différentes disparaissent assez rapidement. Nul ne doute que Zlatan Ibrahimovic, le footballeur, est Suédois et que Zinedine Zidane est Français. Le nom et l’origine ne disent qu’un faible morceau de l’histoire des citoyens européens.

Malgré cette capacité d’intégration, il arrive sans cesse de nouveaux travailleurs. Ils sont attirés par des conditions sociales meilleures mais aussi par des promesses a priori irréalistes et mensongères. Cependant cette immigration est seule à maintenir un espace de liberté, la circulation des hommes et pas seulement celle des capitaux. Cette circulation est donc essentielle à l’avenir de l’Europe avant et après la révolution.

Nous le voyons depuis quelques années avec la « tragédie » des migrants en Méditerranée. La France impérialiste de Sarkozy en provoquant la chute du président Mouammar Kadhafi en Libye a ouvert une brèche qu’elle ne parvient pas à boucher. Les candidats se bousculent au portillon inhospitalier de l’Europe. Les événements militaires en Syrie, Irak, Soudan, Afghanistan… nourrissent cette source puissante de travailleurs qui choisissent l’Europe comme espoir et comme destination.

Ils se retrouvent le plus souvent confinés dans des emplois malsains et mal payés. Leur défense est handicapée par l’absence de papiers légaux. Ils sont pourchassés, souvent logés dans des camps de toile aux abords des grandes villes.

Ils se mettent en mouvement pour la reconnaissance de leur citoyenneté ; ils sont capables de s’imaginer en gestionnaires d’un nouveau pouvoir populaire, où les meilleures conditions matérielles et culturelles seront assurées à tous sans différence. Les liens avec les pays d’origine créeront un puissant courant de coopération économique.

III. La jeunesse déclassée

Actuellement, cette jeunesse est privée de l’assurance de se ranger dans les bénéficiaires du régime impérialiste. Les raisons sont nombreuses. Familles insuffisamment armées. Études interrompues. Difficultés sociales. Recherche de profits plus ou moins licites, comme la vente de drogue douce dans les immeubles. Avec des aides minimales comme le RMI, le RSA ou autre, le régime capitaliste s’est créé une « armée » taillable et corvéable. Ce que Marx appelle « l’armée de réserve ».

Quand le président Macron parle en mars 2020 de « guerre », même si c’est contre un virus, c’est précisément à cette masse de manœuvre qu’il pense. Quand les flancs des bus, métros et tramways sont couverts d’appels à la mobilisation et au recrutement par les armées de la République, ce sont les filles et fils du peuple qui sont d’abord désignés comme chair à canon…

Pendant un temps, l’horreur s’est masquée dans les plis de l’humanitaire. Mais on sait maintenant que l’humanitaire est une autre façon de faire la guerre. C’est une façon de faire durer les conflits, d’impliquer de proche en proche, toutes les parties. La transformation du bénévolat en formations universitaires n’en change pas la nature profonde. On le sait depuis que l’« humanitaire » Kouchner, le « french doctor », s’est transformé en ministre des Affaires étrangères de Sarkozy, acharné à la destruction de la Yougoslavie (2007-2010).

Cette jeunesse déclassée provoque une peur panique dans les rangs de la direction impérialiste de l’Europe. On peut reprendre les mobilisations de ces quartiers depuis 20 ans chaque fois qu’un jeune est assassiné par la police. Le PS a parfois réussi à tromper la jeunesse, à la faire se dérouter. Cf. « Touche pas à mon pote » ou « SOS racisme » en 1985. Les manifestations de 2019 avec les « gilets jaunes » ont vu l’apparition de « black blocks » ; ils sont peut-être l’amorce d’une organisation de la jeunesse.

Aucune de ces trois forces ne peut à elle seule emporter la décision. C’est leur rassemblement, fruit de la stratégie révolutionnaire de l’organisation communiste, qui donnera la victoire.

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